Vaccination…

Que dire dans ce bruit permanent?

Depuis plusieurs mois, je me retiens d’exprimer mon avis personnel sur les réseaux sociaux, tellement ce sujet est clivant. Aujourd’hui, j’estime que si ce texte fait réfléchir une seule personne, j’aurais eu un rôle positif.

Je suis médecin et chercheur, je m’occupe de patients atteints de maladies hématologiques, immunodéprimés, atteints de leucémies ou de lymphomes.

Aujourd’hui, alors que certains crient à l’atteinte aux libertés, j’aimerais parler de solidarité.

La solidarité, c’est ce qui m’a poussé à me faire vacciner dès le 10 janvier, pour protéger mes patients qui ont une moindre capacité à produire une immunité. Car il n’y a rien de plus insupportable que de voir mourir du Covid, un patient guéri de son lymphome 4 mois plus tôt…

Amis soignants, comment dormirez-vous si vous contaminez, un jour, ces patients fragiles et qu’ils meurent?

Pour les autres, que devons nous faire de nos patients leucémiques nécessitant une réanimation au cours de leurs traitements lorsque toutes les places sont prises par des patients COVID?

Auparavant, je pensais que les vaccins avaient des détracteurs car on ne voyait plus que leurs effets indésirables, la population ayant oublié ce que c’était que la polio, la variole, l’injustice de mourir de la rougeole quand on a 20 ans ou encore la mort affreuse du tétanos…

Mais je pense maintenant que le vrai problème est l’individualisme. Nous sommes incapables d’assumer un désagrément ou un possible risque hypothétique sur notre santé pour autrui… Pour ces gens, âgés ou malades, des inconnus ou nos proches, qui ont un risque plus important de mourir du COVID et chez qui les vaccins sont moins efficaces pour induire une protection durable.

Et pour ceux qui se réfugient derrière l’absence de recul à long terme de ces vaccins (puisque le recul à court terme est très bon…), quelques questions. Prenez-vous les mêmes précautions avant de mettre un maquillage sur votre peau? Une coloration sur vos cheveux? Un gloss sur les lèvres de votre enfant? Avant de mettre sur le marché un nouveau produit que vous développez au sein de votre entreprise?

Vous êtes vous demandé quelles allaient être les conséquences à long terme du COVID? Nous ne savons rien aujourd’hui des risques psycho-sociaux, de maladies auto-immunes, de fibrose pulmonaire chez des patients infectés… Des conséquences psychologiques pour les enfants et adolescents privés de liens sociaux…

Soignants, notre devoir est de prendre soin des autres, même si l’État nous a énormément déconsidéré, que l’hôpital est en crise à cause des pouvoirs publiques, et que nous nous débattons chaque jour au sein de ce système inique, ce devoir ne doit pas être oublié… C’est mon sentiment. C’est ce qui nous grandira dans l’adversité.

Citoyens, si vous faites le choix de ne pas vous faire vacciner, prenez au moins le temps de réfléchir réellement aux risques auxquels vous vous exposez et auxquels vous exposez d’autres personnes avant de décider… Et pensez à la chance que vous avez peut être eu d’être en chômage partiel ou en télétravail alors que d’autres ont perdu leurs commerces, leur revenus ou meurent asphyxiés sans oxygène aux portes d’un hôpital débordé ou simplement de faim dans des pays n’ayant pas notre système social…

Enfin, si cette médecine vous débecte tant que vous la rejetez en bloc, ferez-vous le choix de refuser aussi le tube et le respirateur si par malchance vous devez croiser la route du COVID et d’un réanimateur?